Entretien de M. Fabius avec Mme Nkoana-Mashabane (Mai 2012) [fr]

Paris (29.05.12)

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a reçu Mme Maïté Nkoana-Mashabane, ministre des Relations Internationales et de la Coopération de la République d’Afrique du Sud, mardi 29 mai 2012 au Quai d’Orsay.

Lors de la conférence de presse conjointe, il a tenu les propos suivants :

Mesdames et Messieurs,

Je suis extrêmement heureux d’accueillir la ministre des Relations internationales et de la Coopération de la République d’Afrique du Sud, Maïté Nkoana-Mashabane. C’est l’une des premières personnalités que je reçois dans ma nouvelle qualité de ministre des Affaires étrangères du gouvernement français. J’en suis heureux parce que l’Afrique du Sud joue un rôle particulièrement important, non seulement, bien sûr, en Afrique-même, mais sur l’ensemble de l’échiquier mondial.

Nous partageons avec son gouvernement beaucoup d’orientations progressistes et nous avons des relations bilatérales qui sont bonnes. Mais nous sommes convenus, avec ma collègue, que ces relations, dans la situation nouvelle qui est celle de la France, devaient prendre une nouvelle extension. Nos analyses sont en effet convergentes sur beaucoup de points et nous souhaitons, l’un comme l’autre, au nom de nos gouvernements, vraiment faire de notre relation un échange avec une force particulière.

Ce sera vrai en matière bilatérale. Il y a toute une série d’échéances qui sont prévues et qui seront honorées et renforcées, que ce soit par exemple dans le domaine culturel, ou dans le domaine économique, où les perspectives sont considérables. Mais, ce qui est peut-être plus nouveau, nous sommes convenus de nous concerter avant les grandes réunions internationales et nous avons en particulier passé en revue nos analyses sur des questions fortes, importantes comme ce qui se passe au Sahel, ce qui se passe à Madagascar ou, dans un autre contexte, ce qui se passe en Syrie.

Bref, c’est un nouveau départ extrêmement stimulant pour les relations d’amitié entre l’Afrique du Sud et la France et c’est à ce titre que je suis très heureux d’accueillir ma collègue sud-africaine.

Q - Vous avez parlé, Monsieur le Ministre, d’un renforcement des relations avec l’Afrique du Sud qui est candidate notamment à un poste à la Commission africaine. Est-ce à dire que vous avez une position de soutien par rapport à cette candidature ?

Par ailleurs, je voulais aussi revenir sur la situation au Mali. Vous parlez de la manière d’aider le plus possible les sociétés et les gouvernements de cette région pour faire sortir ce pays de la crise. Pouvez-vous nous dire quelques choses de concret ? Qu’envisagez-vous ? Encore ce matin, on a entendu le président Hollande demander aux États de la région de se référer au Conseil de sécurité, mais pour en attendre quoi exactement ? Quelle est votre suggestion ?

R - Je vais essayer de répondre rapidement tout en ajoutant que lorsqu’il s’agit de l’Afrique du Sud - et même si, lorsqu’on est ministre des Affaires étrangères, il ne faut pas confondre ses sensibilités personnelles avec les dossiers que l’on a à traiter -, j’ai, sur ce sujet, une sensibilité particulière puisque les plus anciens d’entre vous se rappelleront peut-être que, jeune Premier ministre de François Mitterrand, j’avais été celui qui, aux Nations unies, avait porté le combat contre l’apartheid en obtenant un blocus. Je me rappelle aussi une image qui avait fait le tour du monde : le Premier ministre de l’époque, que j’étais, se rendant devant l’ambassade de l’Afrique du Sud de l’époque, en plein apartheid, pour protester à la suite de l’assassinat d’un militant noir. Ce sont des images que j’ai à l’esprit parce qu’aujourd’hui, je traite avec nos amis d’Afrique du Sud dans un contexte heureusement tout à fait différent.

Sur les questions que vous avez posées concernant le Mali, celui-ci cumule en ce moment tous les malheurs à la fois : un État qui n’existe plus, une division entre le nord et le sud, le terrorisme, les menaces de famines.

Quelle est la position de la France ? La France ne va pas intervenir directement : c’est d’abord aux Africains bien sûr, à la fois aux Maliens et aux organisations régionales d’intervenir. Mais la France peut dire son mot et aider.

Il y a d’abord, bien évidemment, la recherche du rétablissement de l’ordre constitutionnel ; il y a l’affirmation de l’intégrité territoriale. Au niveau européen, il y a déjà un certain nombre de processus engagés mais trop peu. Au niveau international, je pense au secrétaire général des Nations unies ou aux Nations unies elles-mêmes, il y a des actions à mener à la fois pour le développement et, en même temps, pour la sécurité car l’un n’est pas séparable de l’autre.

Ce matin, avec le président de l’Union africaine, cet après-midi avec ma collègue de l’Afrique du sud, hier avec le Secrétaire général des Nations unies, avec nos partenaires américains, avec beaucoup d’autres, nous recherchons les moyens d’être efficaces et d’empêcher la diffusion, la contagion de ce qui se passe au Mali.

Je disais, dans un article publié cet après-midi, qu’il faut éviter un « Afghanistan malien ». Face à la gravité de la situation, nous sommes mobilisés, à la disposition les uns des autres. Cela peut passer par tout une série de dispositions pratiques, mais c’est d’abord, bien sûr, aux pays voisins du Mali et à l’ensemble des pays africains de se mobiliser pour agir.

Concernant la présidence de la Commission de l’Union africaine, la France n’a pas à s’ingérer dans une décision qui relève des membres de l’Union africaine et d’eux seulement. Je sais bien que tout une série de choses ont pu être dites mais la position du gouvernement français est claire et nette : il appartient aux membres de l’Union africaine de prendre leur décision. Ce n’est pas à la France, qui n’est pas, par définition, membre de cette Union, d’indiquer tel ou tel choix. Je l’ai dit à Mme Nkoana-Mashabane, cette position est claire et nette, elle sera respectée.

Q - Dans un entretien à un journal du soir, vous avez dit que vous excluiez toute intervention terrestre en Syrie. Cela signifie-t-il qu’une intervention aérienne pourrait par exemple être possible ? Est-ce possible en dehors du Conseil de sécurité ?

R - J’ai dit ce que je souhaitais dire et je le confirme./.

publie le 31/05/2012

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